Bain de soleil à La Grande Motte

À l’origine, une bande de sable entre mer et marécage. Un chantier pharaonique plus tard, retrouvez un sanctuaire de pyramides bétonnées pour vacanciers. C’est aujourd’hui dans une oasis de verdure, irriguée par le canal du Rhône, que La Grande Motte, station balnéaire à l’architecture controversée fête son cinquantième été.

3 hommes au pilotage d’un projet architectural pharaonique

3,5 km de cordon dunaire, 4,5km de plages, 43 000 arbres, 30 bâtiments, 100 000 lits pour un budget de 3 milliards…difficile de s’imaginer que la station balnéaire à l’architecture béton qui fête ses 50 ans en 2018 est partie de rien si ce n’est du flair de Charles de Gaulle. Pressentant la période des trente glorieuses, le président lance le projet dès 1958, avec dans son sillage, la démocratisation du tourisme de masse. Sur le port, les balcons des immeubles Concorde et Acapulco arborent encore la forme du nez si typique de l’ancien général venu visiter le chantier en 1967. Projet pilote de la mission Racine, porté par le fondateur de l’ENA, Pierre Racine, il vise à créer 6 autres pôles balnéaires en méditerranée – Saint Cyprien, Port Leucate, Port Camargue, Gruissan, Port Barcarès, Cap d’Agde. La construction de la Grande Motte est confiée à l’architecte Jean Balladur, cousin issu de germain de l’ancien ministre. Animé par la reconstruction de la France, l’ex résistant, diplômé de lettres et philosophie et collaborateur de Jean-Paul Sartre pour la Revue Les Temps Modernes, reconverti à l’architecture après la guerre, livre les premiers appartements aux vacanciers en 1968. S’ensuivent 20 années de travaux pharaoniques, secondés par 100 architectes et le paysagiste Pierre Pillet, pour transformer le terrain vierge en celle que l’on appelle « la cité des sables ».

Soleil couchant
Immeuble du quartier du couchant, à l’ouest de la station, aux formes courbes et féminines.
Plein soleil
La Grande Pyramide, emblème de la station au second plan, derrière l’Eden construit un an plus tôt et ses loggias au look cinétique, immeubles signés de Jean Balladur. Leur architecture aux lignes géométriques garantit le soleil à tous les étages.

Dualité esthétique et fonctionnelle

Éclipsez la horde de marchands de glaces, la grande roue et la grande plage bondée de vacanciers, à l’esthétique tout droit sortie d’un cliché de Martin Parr, l’architecture de la Grande Motte vous réapparaîtra sous un nouveau jour. Erigés sur un remblai à deux mètres au-dessus du niveau de la mer, les 30 bâtiments aux formes duelles – féminines et courbes pour le quartier du Couchant à l’Ouest, phalliques et masculines pour le quartier du Levant à l’Est – font la part belle au soleil. Quoi qu’on en pense, chaque immeuble qui surgit des sables a été pensé pour capter l’astre solaire. Inspiré d’un voyage au Mexique, l’architecte a imaginé la station comme « un lieu Saint où les pèlerins viennent adorer le soleil ». Au zénith de son style, la Grande Pyramide, datant de 1974, et sa cascade de 15 étages abritant 330 appartements, devenue emblème de la station. Convergeant vers le soleil, tous les balcons exposent leur « modénature » de bikinis, ces plaques de bétons qui partout décorent harmonieusement les façades de la ville. Des douches en forme de bouches aux solariums profilés comme des vagues qui ondulent au bord des plages, en passant par les transformateurs électriques aux allures de mini temples aztèques, chaque élément d’urbanisme a une valeur d’usage. Au-delà de la plasticité du béton, le projet urbaniste place l’humain et la nature au premier plan. 50 ans après, on se perd dans ce labyrinthe d’allées piétonnes et de pistes cyclables au milieu des pins de Bohème, platanes et lauriers, à la recherche de son cœur, la dune originelle de 6 mètres qui a donné son nom à la station.

Temple du soleil
Bâtit en 1969 par l’architecte Louis-Gabriel de Hoÿm de Marien cette pyramide de cubes imbriqués offre un jeu infini de perspectives.
Les « modénatures »
ou plaques de bétons qui partout décorent harmonieusement les façades de la station.

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Rédaction & photos © Juliette Sebille